29 février 2008

À la prochaine poutine!

Ce carnet va malheureusement fermer. Les membres de La Poutine Géante ont bien aimé leur expérience de blogueur, mais le manque de temps pour produire un carnet politique de qualité nous obligé à mettre fin à cette aventure. Tous nos textes seront cependant disponibles pour consultation pendant un certain temps.

Merci de nous avoir lu, et à la prochaine poutine!

27 décembre 2007

Mode de scrutin des fêtes


En pleines célébrations du temps des fêtes, nous n’avons que très rarement la tête aux réflexions approfondies sur des sujets complexes. Néanmoins, la lecture d’un article dans le journal Le Devoir du samedi 22 décembre m’a donné le goût de vous inviter à lire et réfléchir un peu. Je me suis intéressé par le passé à la réforme du mode de scrutin québécois, sujet dont on parle depuis trop longtemps en raison de l’inaction de nos gouvernements. J’ai développé sur la question une position nuancée, très proche du mode de scrutin mixte allemand, qui était assez différente de l’avant-projet de loi déposé par les libéraux lors de la dernière législation. Croyant moi aussi que la réforme allait encore tomber à l’eau, malgré les demandes répétées en ce sens, j’ai baissé les bras sur ce sujet et je ne crois plus vraiment à une réforme à court-moyen terme.

Pourtant, le Directeur général des élections vient tout juste de produire un rapport sur le sujet qui est, ma foi, terriblement intéressant. En peu de mots, si je voulais vous résumer ma position sur le sujet, ce serait exactement les mêmes recommandations auxquelles le DGE en est arrivé! Je suis d’accord avec tout, sans nuance! En plus, le DGE s’est adjoint l’aide de spécialistes de la question, a fait des études sur le sujet et il en arrive aux mêmes conclusions : notre modèle ne fonctionne plus, il faut introduire une bonne dose de proportionnelle pour mieux refléter le vote des électeurs et favoriser l’émergence des petits partis, qui ne sont pas représentés dans la députation actuelle. À défaut d’un gouvernement plus soucieux de l’environnement et des inégalités sociales, peut-être un nouveau mode de scrutin pour le Québec comme cadeau en 2008?

Le DGE veut des élections à date fixe.
Guillaume Bourgault-Côté
Le Devoir- Édition du samedi 22 et du dimanche 23 décembre 2007

Marcel Blanchet penche en faveur de la proportionnelle

Le directeur général des élections du Québec (DGE) est formel: les élections devraient se tenir à date fixe au Québec, les dimanches. Et pour obtenir des résultats qui respectent au mieux la volonté populaire, un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire est essentiel, dit-il. Le système actuellement en vigueur fait gaspiller des sommes inutiles aux Québécois, indique le DGE, Marcel Blanchet, dans un rapport volumineux et assez technique remis mardi au ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Benoît Pelletier. Ce rapport, portant essentiellement sur les modalités d'un mode de scrutin mixte compensatoire, a été dévoilé hier.

«En Ontario, ils ont économisé près de sept millions en adoptant les élections à date fixe», mentionne M. Blanchet en entretien. Or, au Québec, chaque fois que des rumeurs persistantes font état d'un possible déclenchement d'élections, le DGE doit lancer la machine: rencontre avec les directeurs de scrutin, recherche de locaux pour tenir les scrutins, etc. «Ça coûte plusieurs centaines de milliers de dollars», dit M. Blanchet.

Ce dernier estime que des élections tenues à date fixe (Ottawa vient d'adopter la mesure au fédéral, après la Colombie-Britannique et l'Ontario) permettraient aussi de mieux planifier le recrutement du personnel électoral et la recherche de locaux adéquats.

De même, M. Blanchet réitère dans son rapport sa demande pour que les élections se tiennent dorénavant les dimanches, et non les lundis comme c'est actuellement le cas. Là aussi le recrutement du personnel serait plus facile, dit le DGE, et on éviterait de fermer les écoles autrement réquisitionnées un jour de semaine.

Proportionnelle

Ce sont là les deux positions les plus fermes qu'affiche le DGE dans le document transmis au ministre Pelletier. Sauf que le reste, même s'il est présenté sous une forme nuancée, pourrait avoir une incidence beaucoup plus importante sur la démocratie québécoise. Chargés il y a un an de déterminer les avantages et les désavantages de chaque modèle de scrutin mixte compensatoire intéressant le gouvernement, M. Blanchet et son équipe en arrivent à la conclusion que le système actuel, «s'il a bien servi la démocratie jusqu'à présent, ne reflète pas toujours la volonté des électeurs sur le plan national». «Nous l'avons vu en 1998, quand les libéraux ont obtenu plus de votes mais moins de sièges que le Part québécoise», fait remarquer le DGE au téléphone.

Son organisme a été mandaté l'an dernier par le ministre Pelletier pour tâcher de démêler le bon grain de l'ivraie entre les différentes formules de scrutin applicables au Québec. Le dépôt d'un avant-projet de loi, puis des consultations publiques menées l'an dernier n'avaient pas permis de dégager un consensus. D'où l'idée de faire appel au DGE, qui a produit ce qu'il juge être «la contribution la plus rigoureuse et la plus scientifique sur les avantages de chaque mode». L'Institut de la statistique du Québec, des mathématiciens et des politologues ont été mis à contribution.

Nouveau type de députés

Essentiellement, le mode de scrutin mixte compensatoire propose la création d'un nouveau type de députés (dits «de liste») qui seraient élus au prorata des votes obtenus par leur parti. C'est ce qu'on appelle les sièges de compensation. La carte électorale serait donc redécoupée et la population aurait à élire 77 députés de circonscription (au lieu des 125 actuels). On ajouterait à ce scrutin standard l'élection de 50 députés de liste, pour un total de 127 députés. Cela ferait en sorte que 60 % des députés seraient élus selon le système actuel (scrutin majoritaire), qui cherche à respecter la géographie du vote. Les autres seraient élus en fonction du pourcentage total de vote obtenu par leur parti.

Neuf régions

Mais comment répartir ces 50 sièges de compensation, distribués à la proportionnelle? En simulant des élections, le DGE a étudié trois formules pour déterminer celle qui serait la plus juste et la plus efficace.

Conclusion: avec une formule de compensation nationale comprenant une redistribution régionale, un scrutin à deux votes (un pour le candidat local, l'autre pour le candidat de liste), un seuil de 2 % qui permettrait aux tiers partis d'espérer avoir un député dès lors qu'ils franchissent ce cap, et une alternance de candidats homme-femme sur les listes, le résultat des élections serait plus équitable. La députation féminine augmenterait, des tiers partis comme le Parti vert ou Québec solidaire auraient des députés, et il y aurait moins de risques que la répartition de la députation ne traduise pas fidèlement le choix de la population.

La formule de compensation nationale avec redistribution régionale est simple: le Québec serait divisé en neuf grandes régions (plus on augmente ce nombre, plus on défavorise les petites formations). Ces régions chapeauteraient donc plusieurs circonscriptions, et elles auraient chacune quelques députés de liste. Par exemple, si les libéraux obtiennent 40 % du vote dans la région 1, ils récolteront 40 % des sièges de compensation à l'enjeu dans cette région. Le DGE a calculé que, si on fixe à 5 % le seuil minimal pour que les votes donnés à un parti puissent se transformer en gain concret, la distorsion des résultats du vote sera trois fois plus importante qu'avec un seuil à 2 %.

Aussi, l'idée de faire voter la population deux fois favoriserait les petits partis, a-t-on noté au fil des expérimentations. «Il arrive en effet que les électeurs choisissent d'abord un candidat de circonscription appartenant à une formation politique et que leur deuxième vote aille à un candidat de liste d'un parti différent», indique le DGE.

Finalement, l'organisme dit souhaiter que l'introduction d'un nouveau mode de scrutin permette au Québec de rattraper son retard et d'augmenter le nombre de femmes députées. Le ministre Pelletier a indiqué hier que le rapport du DGE alimentera la réflexion entreprise par le gouvernement et différents groupes. Il n'a pas précisé d'échéancier pour prendre une décision. Entre 1993 et 2004, sept pays sont passés d'un mode de scrutin majoritaire (comme au Québec) à un mode proportionnel mixte.

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05 décembre 2007

Neuromarketing et capitalisme débridé


On sait depuis déjà un certain temps que la science et le savoir peuvent malheureusement être très dangereux. Poussé à ses extrêmes négatifs, la science a parfois servi à des fins terribles, pensons notamment à la bombe atomique et aux expériences nazies. Loin de moi l'idée de faire une comparaison avec ce qui suit, sauf que le texte suivant m'a donné froid dans le dos et je voulais le partager avec vous.

Je me souviens de mon quatrième cours de français au cégep où on nous apprenait certains trucs de marketing, que j'estimais déjà à l'époque fort discutables. Passé relativement inaperçu, caché dans le cinquième cahier du journal Le Devoir du samedi, le texte suivant est encore plus épeurant. Le neuromarketing, l'utilisation de la neuro-imagerie cérébrale à des fins commerciales, me fait frissonner juste à y penser. Jusqu'où le capitalisme débridé est prêt à aller pour nous vendre des produits? Le texte suivant vous donne une partie de la réponse. On savait déjà que la publicité a un effet important sur la consommation, on sait maintenant que les compagnies sont prêtes à tout pour vous vendre des produits. À méditer.

Faut-il craindre la dictature subliminale?

Fabien Deglise, édition du 10 et 11 novembre 2007 - Le Devoir

La scène est un peu surréaliste. Allongé dans un scanner médical, un individu regarde des publicités diffusées sur un petit écran de télévision. Autour, les médecins se font rares. Ils ont été remplacés par des psychologues et des spécialistes en communication. Leur objectif? Surveiller les réactions du cerveau aux stimuli commerciaux présentés.

La démarche est franchement intéressée. À terme, elle devrait permettre de comprendre les mécanismes cérébraux liés à la prise de décision d'achat et de lever le voile sur les émotions qui y sont associées, cela dans un but précis: planifier des campagnes publicitaires que les consommateurs pourront difficilement esquiver.
Science-fiction? Pas vraiment. Le neuromarketing -- l'utilisation de la neuro-imagerie cérébrale à des fins commerciales -- commence à faire son apparition dans l'univers secret et ultra lucratif de la recherche sur le comportement des consommateurs. Or, bien que marginal pour le moment, le phénomène n'est pas sans inquiéter la Commission jeunesse de l'éthique de la science et de la technologie (CJEST) qui, dans un rapport rendu public la semaine dernière, appelle consommateurs, gouvernement et marchands de rêve à la plus grande prudence.

«La société serait-elle à l'aube d'une dictature subliminale?», se demande le groupe de 15 jeunes qui, sur le modèle du Parlement jeunesse, vient de se pencher sur les questions éthiques entourant l'émergence de cette nouvelle science de la persuasion. Et leur bilan n'est pas très encourageant.

Dans les entrailles du cerveau

À des années-lumière des sondages et des groupes de discussion, outils d'ordinaire mis à profit dans le domaine de la vente, la neuro-imagerie ouvre désormais tout grand le cerveau humain aux spécialistes de la communication commerciale et autres vendeurs de «cossins».

Le hic, c'est qu'en ayant en main des cartographies assez précises du cerveau -- le seul organe humain qui cherche à se comprendre lui-même -- lorsqu'il est exposé à toutes sortes de messages, ces rois de la vente pourraient ces prochaines années développer des campagnes d'une efficacité redoutable. Des campagnes en mesure de manipuler sournoisement les consommateurs. Et tout le monde frémit.

«Une telle manipulation fait en sorte de traiter les personnes comme un moyen plutôt qu'une fin, écrivent les membres de la CJEST, ce qui va à l'encontre de la dignité humaine. Si le neuromarketing peut effectivement en venir à restreindre la capacité d'effectuer des choix rationnels et à orienter le comportement des gens, les conséquences possibles sont inquiétantes en ce qui concerne les applications éventuelles dans des publicités politiques où à saveur idéologique.»

Manipulation et appréhension

Perte d'autonomie et de liberté: le portrait dressé par la commission est catastrophique. Il n'est pas non plus sans rappeler la savoureuse théorie du complot publicitaire élaborée dans L'Affaire Bronswik, célèbre «documenteur» de l'Office national du film réalisé en 1978. À cette époque, la télévision soulevait en effet autant de craintes qu'elle procurait de divertissements. À travers elle, les réalisateurs Robert Awad et André Leduc ont eu alors l'idée d'exploiter le thème de la manipulation des esprits en racontant l'histoire de la télévision, de marque Bronswik, dotée d'une puce qui envoyait des signaux au cerveau des téléspectateurs pour les inciter à surconsommer. Contre leur volonté.

Bien sûr, face au neuromarketing, le groupe de travail est loin de succomber à cet appel de la conspiration. Mais il y va quand même de quelques recommandations afin d'éviter que ce nouveau pan de la science finisse par aller trop loin.

Neuromarketing sous observation

Dans les grandes lignes, le rapport suggère par exemple à Québec de «mettre en place un programme de recherche [réunissant] des chercheurs en neurosciences, sciences sociales et sciences de l'administration afin de mieux comprendre les tenants et les aboutissants du neuromarketing». Cette démarche devrait aussi, selon la CJEST, s'accompagner d'une surveillance accrue de ce secteur mais aussi des «effets potentiels sur des groupes vulnérables» à une telle approche.

Autres recommandations: le groupe de jeunes, qui ont joué aux éthiciens dans le cadre de cette commission jeunesse, propose au gouvernement de «favoriser le développement de l'esprit critique dans la formation citoyenne et la formation en éthique, tant au secondaire qu'au collégial». Objectif? Aider les générations montantes à faire des choix de consommation informés et surtout les prémunir contre le chant des sirènes de la surconsommation.

L'idée coule de source. Elle pourrait aussi, à terme, éviter aux consommateurs de demain de se retrouver dans la situation embarrassante dans laquelle Fry, le personnage principal de Futurama, se place dans un des 72 épisodes de ce dessin animé imaginé par Matt Groening.

Rappel des faits: un matin, au réveil, le livreur de pizzas du XXe siècle propulsé, par une longue histoire, dans le futur, a une envie incontrôlable de s'acheter des «bobettes» qui, croit-il, vont le rendre irrésistible auprès des femmes. L'envie est irrationnelle et, une fois au magasin, il découvre qu'elle a été induite par des messages publicitaires diffusés dans son cerveau pendant qu'il dormait. Une pratique commerciale courante dans le XXIe siècle inventé par Groening. Mais tout ça n'est que divertissement. Pour le moment, du moins.

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25 novembre 2007

Les nonistes, l'idéologie et la droite

La sortie du livre Les Éteignoirs. Essai sur le «nonisme» et l'anticapitalisme au Québec, du professeur d'histoire au cégep F.-X.Garneau, Marc Simard, a eu un certain retentissement dans les médias. Ici à La Poutine Géante, nous hésitions entre deux attitudes envers ce pamphlet: l'ignorer pour ne pas lui donner plus de publicité ou en parler pour le critiquer de manière convaincante.

Il me faut dire aussi que nous connaissons presque tous ce Marc Simard. Nous l'avons eu comme professeurs d'histoire et le personnage nous est très familier: fondamentalement à droite, tentant de faire passer ses idées comme étant de la matière, renversant ainsi le mythe comme quoi tous les professeurs de cégep sont de sales "socialistes" (ou "progressistes", "péquistes", "communistes", ajoutez-y votre quolibet). J'ai moi-même eu des prises de becs avec lui lors de certains cours, alors qu'il abusait déjà du vocable de "protestataires professionnels" et qu'il se mettait à cracher sur la gauche québécoise. En somme, pour nous, Marc Simard n'a plus besoin de présentation et je dois dire bien humblement, que je lui accorde peu de crédibilité en raison de son propos souvent caricatural. Comme nous nous l'avons maintes et maintes fois répété, les gens de droite qui contribuent au débat public sans polluer les discussions par des accusations mensongères ou un populisme de bas étage sont les bienvenus pour débattre. Par contre, accuser les progressistes "d'immobilistes' sans nuance, cache souvent un autre objectif et surtout, l'idéologie de la personne qui fait cette accusation.

Nous pourrions donc faire une critique de ce livre, mais l'excellente critique de Louis Cornellier dans Le Devoir de samedi résume encore mieux notre propos. Sa conclusion est particulièrement évocatrice: " Les éteignoirs, ne serait-ce pas plutôt ceux que la démocratie fatigue quand elle nuit à leurs intérêts de possédants soi-disant lucides? " (ou néo-lucides)

En somme, pour Noël, lorsque vous verrez le livre de Marc Simard dans les étalages, passez votre tour et poursuivez votre chemin. Je vous suggère à la place l'autre livre dont il est mention dans ce texte, celui de Denis Blondin, aussi professeur au cégep Garneau, intitulé "La mort de l'argent : essai d'anthropologie naïve". (la critique suit)

Essais québécois - Qui sont les vrais éteignoirs ?

Louis Cornellier
Édition du samedi 24 et du dimanche 25 novembre 2007

Mots clés : Les éteignoirs, Marc Simard, Voix parallèles, Livre,
Québec (province)

S'il est un discours qui m'insupporte au plus haut point, c'est bien celui selon lequel le Québec souffrirait d'im-mobilisme par la faute de militants frustrés qui s'acharnent à empêcher son développement. L'affaire est presque ironique. Les petits, se plaint-on, empêcheraient les gros de faire avancer le Québec, et ce, au détriment du bien commun. Il s'agit d'un renversement radical du discours de gauche: aux progressistes promoteurs qui ont à coeur l'avenir d'un Québec prospère s'opposeraient, suivant cette logique, des éteignoirs gauchistes dont l'idéologie engendre la pauvreté.

Dans Les Éteignoirs. Essai sur le «nonisme» et l'anticapitalisme au Québec, le professeur Marc Simard se fait le porteur de ce nouveau progressisme de droite. Selon lui, pulluleraient au Québec des opposants professionnels qui, animés par un anticapitalisme primaire, feraient avorter «tout projet de développement économique». Pour justifier sa dénonciation des militants hystériques, Simard joue les éclairés. L'opposition citoyenne peut être bénéfique et «la critique est nécessaire dans une démocratie en santé», suggère-t-il, mais le problème est que nous assisterions, actuellement, à une tendance systématique qui rend cette opposition «néfaste et improductive».

Sa démonstration insiste particulièrement sur quatre dossiers: le projet Rabaska, la construction de condos dans Saint-Henri, le projet Rupert et l'augmentation des droits de scolarité. Sans se rendre compte de la contradiction que constitue une telle conclusion, il finira par admettre que tous ces projets iront de l'avant. À quoi bon, alors, monter en épingle la capacité de nuisance de leurs opposants?

C'est que Simard, au fond, qui prétend que «tout parti pris idéologique doit être écarté de ce genre de débat», mène une lutte... idéologique en faveur du libéralisme économique. Tout à sa vérité selon laquelle l'économie de marché est le seul système à même d'engendrer une saine croissance et un solide développement socioéconomique, il traque tous ceux qui remettent ce credo en question en les assimilant aux rétrogrades propriétaires québécois du XIXe siècle qui ont mené une bataille contre la taxe scolaire et, par conséquent, contre les écoles.

Pour défendre sa thèse, Simard n'hésite pas à tourner les coins rond. Il cite, par exemple, un sondage de L'Actualité dans lequel 32 % des répondants affirmaient ne pas être d'accord avec l'énoncé suivant: «La liberté d'entreprise et l'économie de marché constituent le meilleur système pour assurer l'avenir du monde.» Il en conclut «qu'un Québécois sur trois serait favorable à la mise en place d'un système économique non capitaliste, c'est-à-dire ne reposant pas sur l'entreprise privée ni sur l'économie de marché». Cette conclusion est franchement abusive. En ajoutant une nuance à l'énoncé, par exemple en
suggérant qu'une intervention étatique est nécessaire à la régulation de l'économie de marché, on aurait certainement obtenu un résultat différent. Aussi, se servir de ce sondage pour se désoler de l'anticapitalisme primaire de beaucoup de Québécois frise la malhonnêteté.

Pour reprendre une formule de Lionel Jospin, on peut affirmer que la plupart des Québécois disent oui à l'économie de marché mais non à la société de marché. Ils ne sont pas anticapitalistes primaires; ils refusent le capitalisme primaire.

Des procédés douteux

Pour illustrer «le rapport ambigu à l'argent qu'entretiennent nombre d'intellectuels québécois», Simard use encore d'un procédé douteux en faisant d'un essai de l'anthropologue Denis Blondin le résumé du point de vue des intellectuels en général. Or, Simard le souligne lui-même, l'essai très critique de Blondin à l'égard du rôle de l'argent dans nos sociétés est «passé inaperçu». Méchante influence!

Il faut dire que Simard fait une drôle de lecture des médias québécois. Il répète à quelques reprises, en effet, que «la gauche
bien pensante» y tient le haut du pavé, voire qu'elle impose «son hégémonie dans le discours public et médiatique au Québec». Ah oui? Où ça? Certainement pas à La Presse, au Soleil, au Journal de Montréal, à TQS ou à TVA. Au Devoir? La gauche québécoise y a une voix, mais elle n'est pas seule. À Radio-Canada? Homier-Roy, LeBigot, Maisonneuve, Desautels et Charette seraient-ils des gauchistes? Soyons sérieux.

Or, en matière de débats socioéconomiques, être sérieux signifie, entre autres, reconnaître la nature nécessairement idéologique des diverses prises de position, ce qui n'exclut pas un devoir d'honnêteté. Idéologique, Simard l'est pleinement quand il déclare fausse l'affirmation selon laquelle les écarts de revenus entre les riches et les pauvres augmentent. Citant une recherche de Statistique Canada, Gilles Drouin, dans la Revue Notre-Dame d'octobre 2007, constate que les années 1990 ont vu la classe moyenne s'effriter vers le bas et «que l'écart entre les très riches et les très pauvres s'est agrandi entre 1989 et 2004». Citant lui aussi Statistique Canada, Éric Desrosiers, dans Le Devoir du 22 octobre, évoque «le grand fossé» et
explique que la forte croissance économique des dernières années a carrément échappé «à presque la moitié de la population la moins riche». Simard, lui, insiste plutôt sur le fait que les pauvres d'aujourd'hui sont moins pauvres que ceux d'il y a un siècle. Ce n'est pas faux, mais c'est court et tendancieux.

Son argumentation concernant les droits de scolarité n'est pas plus convaincante. Il affirme que des droits peu élevés constituent une injustice parce qu'ils ont pour effet de faire financer les études des futurs privilégiés par tous, dont la classe moyenne. Il cite même Bourdieu hors contexte pour appuyer son point de vue. Or, s'il est vrai que les diplômés tireront un bénéfice de leurs études, il est aussi vrai qu'ils contribueront grandement, par leurs compétences, mais aussi par leurs impôts, au bien-être socioéconomique et culturel de la collectivité. De plus, soutenir qu'une augmentation des droits
de scolarité ne nuira pas à l'accessibilité universitaire au Québec est très contestable. Simard reconnaît lui-même que 12 % des étudiants en seraient affectés (ce n'est pas négligeable, dans une logique de croissance économique) et une récente étude du ministère de l'Éducation (voir Le Devoir, 24 octobre 2007) conclut à une baisse de fréquentation de 10 % en cas d'ajustement des droits sur la moyenne canadienne.

Souvent amusant quand il fait le portrait d'une certaine gauche-réflexe, mal dégrossie et adolescente, Simard l'est moins quand il assimile toute contestation qui n'est pas strictement libérale à de la réaction. Les éteignoirs, ne serait-ce pas plutôt ceux que la démocratie fatigue quand elle nuit à leurs intérêts de possédants soi-disant lucides?

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19 novembre 2007

Une nouvelle éthique de la bagnole?


Dans un de mes billets sur ce carnet, je faisais il y a quelques mois la promotion d’un nouveau rapport à la Nature en tant que partie essentielle d’une solution durable à la crise écologique globale. Je soulignais le fait que dans nos sociétés occidentales modernes, on compte généralement sur trois grands moyens pour réguler les comportements : la coercition (la loi), l’incitation matérielle (les instruments du marché) et l’éthique (les mentalités). Cette troisième forme de régulation fonctionne à la fois directement sous forme d’auto-restriction (e.g. respecter une limite de vitesse parce qu’il en va du bien commun et non par simple crainte de recevoir une amende) et indirectement en modelant les lois et les instruments du marché (e.g. voter pour un parti politique qui promet une politique de la sécurité routière plus sévère parce qu’il en va du bien commun). Une difficulté avec l’éthique est qu’elle est longue à établir ou à modifier (e.g. les femmes ont dû lutter longtemps avant que l’on ne conçoive équitablement leur statut social). Par contre, une fois intériorisée, une nouvelle éthique est plus stable qu’un autre type de régulation et a des effets plus profonds puisqu’elle peut réguler des comportements privés ou intimes à peu près inatteignables par la coercition et l’incitation matérielle (e.g. le partage équitable des tâches ménagères en tant que reconnaissance du principe éthique de l’égalité des sexes). Du reste, l’obéissance reposant rarement sur la force ou l’incitation pure, une certaine acceptation des lois et instruments économique est nécessaire à leur application (e.g. même le plus amoral des capitalismes se fonde sur une éthique du respect de la propriété privée).

Dans cette ligne de pensée, selon Yves Boisvert du journal La Presse, nous serions peut-être prêts d’une nouvelle éthique de la voiture. Son analyse montre l’importance et la puissance de l’éthique comme régulateur des comportements en société. Elle a de quoi réconforter ceux et celles qui se battent pour conscientiser les masses à propos de telle ou telle noble cause en montrant que oui, le changement est possible. Oui, périodiquement, les populations se réveillent. Mais aussi de quoi faire réfléchir, voire horrifier, ceux et celles qui possèdent un « fond » libertarien (ultralibéralisme) ou libertaire (anarchisme) – bref, la plupart d’entre-nous bien qu’à des degrés (très) divers…

03 novembre 2007

À quoi bon?

Quand on est de gauche ET lucide (et non pas « néolucide »...), on ressent souvent une tension entre l’optimisme, parce que le monde DOIT changer, et le pessimisme, parce que des fois, le monde ne semble pas pouvoir (ou vouloir…) changer. On veut agir, mais tout seul devant la glace, on se dit qu’on est bien seul justement, face au Goliath de l’inertie. Analyser lucidement les rapports de force sociaux, critiquer la société actuelle, réaliser à quel point le système privilégie encore et toujours les mêmes et comprendre que même les ostensibles bonnes actions ne sont souvent justement que cela, visibles, peut saper sérieusement le moral du penseur et de l’activiste du progrès social.

Ce matin dans Le Devoir, Jean-François Nadeau exprime très bien cette double condition, optimiste et pessimiste, de l’homme et de la femme de gauche. Bonne lecture, mais attention, danger, le cynisme-qui-mène-à-plus-d’inertie n’est pas bien loin…

P.S. Le texte commence lentement, mais tenez bon, la chute en vaut la peine. Un p’tit extrait pour vous convaincre de la lecture :

« Il faut, plus que des engagements individuels, des politiques et des actions communes efficaces.

Tout le reste, malgré la beauté des gestes, ne constituera toujours que des formes plus ou moins élaborées de secours aux noyés. On vous sort de l'eau. On vous sèche. On vous soigne. On vous habille. On vous fait manger à table avec l'équipage du bateau. Et, la soirée terminée, faute de pouvoir vous garder, on vous jette par-dessus bord en promettant de vous envoyer des vivres. »

24 octobre 2007

Petite remarque sur le dynamisme québécois


Dans le titre de cet envoi, au lieu du « dynamisme » québécois, je voulais d’abord parler de l’« immobilisme » québécois. Pour faire référence, bien sûr, aux accusations multiples de la droite comme quoi la gauche québécoise serait désormais un frein au développement du Québec. Puis, je me suis dit qu’il y en avait marre de parler d’immobilisme quand c’est faux, même en utilisant des guillemets pour marquer la contestabilité du terme.

Le dynamisme québécois donc, sur lequel ma remarque est la suivante : la gauche ne dit pas « non » à tous les grands projets de manière dogmatique. La gauche n’est pas anti-tout, la gauche n’est pas que critique. Elle n’a simplement pas les mêmes critères de sélection que la droite. Et c’est pourquoi je peux vous dire que j'appuie personnellement l'idée récemment révélée par La Presse de faire venir le siège de l’Organisation des Nations unies à Montréal. Cette idée est fascinante, motivante, structurante. Et elle est... BIG!

Bien sûr, ce projet est pour l’instant – et fort probablement pour toujours – un rêve plus qu’un projet. Mais voilà, c’est avec ce genre d’idées que la gauche peut reprendre une expression parfois appropriée par la droite (comme notre ami Preston Manning sur la photo - un vrai Elvis Gratton) : « voir grand ». En terminant, je précise que je ne pense pas que ce projet en soit un « de gauche » ou que « la gauche » l’appuie (ou en rêve). J’ose imaginer que tout le Québec veut du siège de l’ONU et qu’il y a là matière à rassembler la droite et la gauche (bon pour l’économie, bon l’engagement international du Québec et du Canada, etc.). Le point est que le Québec EST dynamique et que lorsqu’un projet ne décolle pas, c’est parce que ses promoteurs n’ont pu convaincre de son caractère bénéfique. Je veux dire : une maison de jeux dans un quartier défavorisé, de qui rit-on au juste?

10 octobre 2007

Prix jambon: Maxime Bernier

Nous l’attendions presque désespérément. Heureusement, l’occasion est enfin venue : Maxime Bernier, Prix Jambon! Depuis l’accession de Maxime Bernier au ministère des Affaires étrangères, La Poutine Géante l’avait à l’œil. Nous avons déjà exprimé le dégoût que nous inspire cet homme. Nous avons aussi à plus d’une reprise dénoncé l’IEDM, organisme auquel M. Bernier a longtemps été associé. En somme, sans surprise, malgré qu’il faisait profil bas depuis son arrivée à la tête de ce ministère fort important, Maxime Bernier a finalement offert du matériel à jambon.

Explications : toute la pathétique histoire entre lui et Denis Coderre sur le voyage de ce dernier en Afghanistan relevait de la république de bananes. Il est d’usage courant au Canada, et dans la plupart des pays occidentaux, que l’opposition officielle puisse, lors de voyages à l’étranger, constater de visu la situation de conflits particuliers, d’autant plus lorsque des soldats du pays sont en mission là-bas. C’est normal, c’est démocratique (il n’y pas que le pouvoir, encore moins lorsqu’il est minoritaire, qui a le droit de rencontrer des représentants d’instances gouvernementales) et ça s’est fait à plusieurs reprises dans le passé. Alors pourquoi expliquer l’acharnement de M.Bernier pour empêcher Denis Coderre de faire sa mission là-bas? Comme vous vous en doutez, La Poutine Géante n’est pas dans le cercle des amis de M. Coderre, mais les efforts faits par Maxime Bernier pour l’empêcher de se rendre sur place étaient tout simplement ridicules. En plus de lui avoir mis des bâtons dans les roues, M. Bernier n’a pas informé M. Coderre du fait qu’il partait en mission en Afghanistan presque au même moment. Ridicule, vraiment.

Ce n’est pas tout. Maxime Bernier, durant sa très courte mission, s’est permis deux commentaires, encore une fois dignes d’un ministre d’une république de bananes. Premièrement, il a affirmé que « les environs de Kandahar était plus sécuritaire qu’il y a un an ». Déjà que c’est assez savoureux de l’entendre dire cela alors qu’il n’a même pas osé sortir de la zone sécurisée lors de son séjour de 36 heures, « le Globe and Mail a souligné hier (dimanche) que cette affirmation contredit un rapport de l'ONU publié en août, qui note une «détérioration constante» de la sécurité en 2007. » (lien du texte en anglais) Dit-il n’importe quoi M. Bernier? Ment-il effrontément à la population?

Deuxièmement, son affirmation suivante « Je dis aux Canadiens : “ Ne vous demandez pas ce que le gouvernement afghan peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire pour les Afghans ”. » relevait d’une
métaphore au goût très douteux. On ne cite pas JF Kennedy à tort et à travers, surtout à tort dans ce cas-ci, dans des circonstances aussi inappropriées. Évidemment, la parole de Kennedy est reproduisible, il n’y pas de marque de commerce dessus (quoique ça ferait peut-être plaisir au croisé du marché qu’est M. Bernier), sauf que c’est un peu ridicule de le citer comme ça à tous vents. Peut-être M.Bernier manque-t-il tellement d’inspiration pour ces discours qu’il doit recourir à ceux des autres… En tout cas, ce n’est pas son expérience antérieure dans les affaires étrangères, inexistante, qui nous convaincra du contraire…

Pour l’ensemble de son œuvre de la dernière semaine, Maxime Bernier, Prix Jambon. Et tiens, pour faire changement, donnons-lui à la place un Prix Jos Louis!

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03 octobre 2007

Appel à la blogosphère : les « néolucides »


Cet envoi est un appel à tous ceux et celles qui commentent l’actualité sur des carnets politiques en ligne. En fait, l’appel est valable pour tous ceux et celles qui commentent l’actualité dans quelque contexte que ce soit.

Ma demande est simple, soit de reprendre la récente proposition du cinéaste Hugo Latulippe, faite dans les pages du Devoir, concernant le groupe de ceux que l’on a appelé les « lucides » à la suite de la publication de leur manifeste Pour un Québec lucide. Vous vous rappelez, Lucien Bouchard et consort qui s’inquiétaient du vieillissement de la population, de l’importance de la dette, de la concurrence asiatique et du « retard » économique québécois? Oui, oui, il s’agit bien de ces gens qui pondaient un manifeste pour une certaine vision de l’AVENIR du Québec sans même y parler d’écologie!

Alors, qu’elle est-elle cette proposition d’Hugo Latulippe? Simplement de désormais se référer aux « lucides » en employant le terme « néolucides ». En gros, pour bien marquer leur réinterprétation particulière de ce que constitue la lucidité, un mot à connotation a priori positive :

« Avec le recul, en toute logique, on peut imaginer que Lucien Bouchard était à la veille de réinventer la lucidité. On peut imaginer qu'il était à la veille de s’emparer du sens même de l'un des plus précieux synonymes de « lumière » de la langue française.

(À ce propos, je suggère qu’on se garde une petite gêne et qu’on parle de ces apologistes d’une nouvelle optique darwinienne comme de « néolucides ». En tout respect pour notre langue. Faut pas charrier! Je trouve qu'il fait passablement noir dans l’esprit de ces dinosaures; à l'heure où la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) prédit la fin de la pêche commerciale sur Terre vers 2050, à l’heure où l’astrophysicien Hubert Reeves envisage une 6e extinction de l’espèce humaine, cette obstination des élites économiques à véhiculer l'idée que l’humanité-turbo pourrait encore accélérer la moisson s’apparente à une rhétorique suicidaire, à une pensée plus obscurantiste que lumineuse. Parlons donc de néolucides.)
»

S’il-vous-plaît, je vous enjoins donc au nom de La Poutine Géante à remplacer la dénomination « lucides » par celle de « néolucides » lorsque vous vous référez, par écrit ou à l’oral, au groupe de Lucien Bouchard et ses amis conservateurs. Ce n’est que faire justice à l’Histoire et à notre belle langue française. Si nous le faisons tous – et je vous invite à reproduire cette invitation ailleurs sur Internet – l’utilisation de « néolucides » pourrait éventuellement se généraliser à l’ensemble de la population. Essayons, on ne sait jamais…

Merci!


30 septembre 2007

Quand les riches empochent

Les médias québécois ont été plutôt complaisants avec le nouveau président français Nicolas Sarkozy depuis son arrivée au pouvoir. Pourtant, parmi les projets de loi qu’il a fait adoptés, celui surnommé du « bouclier fiscal » est particulièrement révoltant au plan des inégalités sociales. Lisez vous-mêmes les chiffres suivants, tirés d’un texte du journal Libération.

Le bouclier fiscal fonctionne: le fisc rembourse bien les riches
Edifiant: 2398 contribuables, parmi les plus aisés, ont touché chacun 50.000 euros en moyenne grâce au bouclier fiscal.

C’est ce qu’on appelle un télescopage. Alors que le budget présenté aujourd’hui par Christine Lagarde et Eric Woerth serre la vis, notamment sur le nombre de suppression de postes de fonctionnaires, un document, que Libération s’est procuré, donne les premiers résultats du bouclier fiscal.
Ce dispositif plafonne à 60%, puis à 50% des revenus d’un contribuable le montant de ses impôts, commence à fonctionner. Depuis le premier janvier, les contribuables les plus aisés peuvent demander aux services fiscaux une restitution, c’est à dire un chèque de remboursement de trop-perçu de leurs impôts.

Et les premiers résultats, sont assez édifiants: 2398 contribuables ont bénéficié de cette restitution. 2398 contribuables qui se partagent 121 107 041 euros. Soit en moyenne, un chèque de 50 000 euros par personne. Les dossiers viennent majoritairement de contribuables parisiens, puis de la région PACA, du Languedoc Roussillon et du Nord pas de Calais.
A l’époque de la création du premier bouclier à 60%, le gouvernement ciblait une grande partie des 335 000 contribuables assujettis à l’ISF (Impôt sur la fortune.) La gauche avait dénoncé cette saignée pour les finances publiques, expliquant que le dispositif n’était finalement qu’un cadeau de plus aux plus aisés. Affirmation validée par les premiers chiffres.

Par Muriel Gremillet
LIBERATION.FR : mercredi 26 septembre 2007

Vous avez bien compris, environ 2400 personnes qui se partagent environ 120 millions d’euros, soit près de 170 millions de dollars canadiens (et autant d’américains!). Et elles vont faire quoi ces personnes avec cet argent? L’investir dans des paradis fiscaux? S’acheter un nouveau jet privé, nuisant toujours plus à l’environnement? Acquérir une maison de campagne aux États-unis pour pouvoir la prêter à M. Sarkozy le jour où se dernier ira en vacances? Se payer des entreprises médiatiques pour accroître leur pouvoir dans la société? D’un ridicule…

Et je ne vous ai pas parlé des augmentations reçues par nos amis, les médecins spécialistes québécois, qui hausseront leur salaire de 150 000$ d’ici 2016… Sujet que nous avons déjà abordé...

Il y a des jours comme ça, où on se dit que le monde sera toujours injuste….

28 septembre 2007

Quand Harper est de mauvaise foi...


Le Premier ministre du Canada, M. Stephen Harper, nous annonçait hier une nouvelle réduction d'impôts. À La Poutine Géante, on n'en voit pas l'intérêt : les besoins sont tellement grands un peu partout qu'il vaut mieux utiliser les surplus pour la collectivité plutôt que pour les individus.

Mais là n'est pas mon propos. Je voulais juste attirer votre attention sur une phrase du discours de M. Harper :

« Dans les années 1990 […] le fardeau fiscal des Canadiens était plus élevé que celui de tout autre pays non européen de l’OCDE, à l’exception de la Nouvelle-Zélande. »

Alors, pour justifier une baisse des impôts, M. Harper nous dit que notre fardeau fiscal est plus élevé que celui des autres pays riches, soit lesquels auxquels nous pouvons nous comparer, et que cela montre que les impôts canadiens sont trop élevés. Outre le fait que ce n'est pas parce que d'autres pays choisissent des taux d'imposition plus bas que c'est une bonne chose (je me jette en bas du pont, vous venez avec moi?), se comparer aux pays non européens de l'OCDE est un argument bancal. Qu'est-ce que l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques)? 30 pays favorisés à l'échelle mondiale. Les voici:

Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse et Turquie.

Comme vous pouvez le lire, si vous ne choisissez de vous comparer qu'aux pays de l'OCDE non européens, ça ne vous laisse que l'Autralie, le Canada, la Corée, les États-Unis, le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande et peut-être la Turquie (on ne sait pas si M. Harper considère la Turquie comme étant européenne ou non pour son calcul). Donc, le Canada serait le deuxième plus imposé après la Nouvelle-Zélande sur une liste de sept ou huit pays. Qu'est-ce que ça veut dire? Rien, du vent. On invoque le nom de l'OCDE pour donner de la force à l'argument, mais dans le fond, on ne prend que sept ou huit pays sur 30 et même en réduisant ainsi le nombre de pays auxquels se comparer le Canada n'arrive quand même pas « dernier ». Un peu plus et M. Harper nous comparait aux pays de l'OCDE hors Europe et hors Océanie : là, nous serions les « pires »... Évidemment, si on prend l'OCDE AU COMPLET, plusieurs pays européens - avec une bonne économie - sont plus imposés que nous, notamment en Scandinavie. Et on ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas se comparer à une économie performante comme la Suède. Peur de la concurrence? Peur d'être obligé d'admettre que les taux d'imposition canadiens ne sont pas déraisonnables?

Il paraît que lorsqu'on se compare on se console : de toute évidence, quand on est de mauvaise foi, on peut s'arranger pour plutôt se désoler. La morale de l'histoire : quand on vous balance des données, des statistiques, des chiffres, allez vérifier de quoi il est vraiment question. Vous pourriez être surpris...

19 septembre 2007

Les faiseux d’opinions


(Avertissement: ce texte tire un peu dans tous les sens. Il résulte de frustrations longtemps accumulées. Vous m'excuserez de la possible absence d'unité dans le propos.)

Voilà un sujet qui nous passionne à La Poutine Géante et autour duquel nous faisons généralement l’unanimité : notre opposition à plusieurs journalistes-généralistes-chroniqueurs qui sévissent dans nos médias. Ces gens se spécialisent dans l’analyse sociétale, ils discutent de tout ce qui bouge au Québec et tentent même parfois, d’aborder des sujets internationaux! Avant d’aller plus loin, définissons notre objet.

Une définition

Vous aurez beau chercher dans Wikipédia, vous ne trouverez pas de définition parfaite. Ou sinon, si vous prenez des définitions de dictionnaires, peut-être qu’en recoupant celles des trois termes utilisés, vous arriverez à quelque chose de ressemblant. En peu de mots, je les décrirais ainsi : des faiseux ou donneux d’opinion, la connotation péjorative étant voulue. Ces personnes ont la particularité de participer à un mélange des genres : ils ont été ou sont encore journalistes, chroniqueurs et parfois même animateurs. Leur particularité : ils ne sont spécialistes de rien, ou peut-être l’étaient-ils au début, mais maintenant, ils donnent leur opinion sur tout. Ils sont présents sur tous les supports médiatiques: radio, télévision, journaux et internet/carnet-web évidemment.

Normalement, un journaliste doit rapporter des faits, être le plus précis et le plus « objectif » possible, montrer les divers côtés de la médaille, ne pas émettre d’opinion. Pour le chroniqueur, la commande est différente : il peut et doit émettre ses opinions, analyser l’actualité et le faire de manière intéressante. Je n’ai rien contre les bons chroniqueurs spécialisés : un chroniqueur judiciaire (Yves Boisvert - La Presse), environnemental (Louis-Gilles Francoeur - Le Devoir), politique (Michel David, Michel C. Auger, etc.), économique, artistique, etc. Au contraire, en général, j’apprécie beaucoup leur travail. Ce qui me dérange : les faiseux d’opinions qui, justement, ne sont pas spécialistes et recoupent tous les domaines à gauche et à droite, surtout à droite…!

Quel est le problème?

Ce qui pose problème, c’est qu’on délaisse les spécialisations, les intellectuels et que l’on tente de nous faire croire qu’il est possible d’expliquer tous les sujets, même les plus complexes, de manière simpliste à la population. Cela mène à toutes sortes de dérapages et même, je m’avance, au populisme. Pourquoi? Explications : sur les enjeux complexes où des spécialistes (soit la plupart du temps des universitaires, des praticiens ou des chroniqueurs/journalistes spécialisés) devraient nous expliquer les tenants et les aboutissants d’une problématique, nous avons à la place des généralistes qui comprennent mal les enjeux et tentent de nous donner des explications ou des solutions simples à des problèmes complexes. Dans le même sens, ces faiseux d’opinions font ce que l’on pourrait appelé de l’infotainment, soit « un nouveau style rédactionnel mixant information et divertissement, souvent critiqué comme un relâchement de la méthode journalistique avec le risque d'alimenter la confusion entre (…) journalisme et propagande. » (définition de wikipédia) Je partage largement ces critiques.

Pour illustrer le tout, je me dois de revenir sur ce qui m’a poussé à écrire sur ce sujet, soit la récente campagne menée par Richard Martineau, et reprise dans quelques radios de Québec et sur diverses tribunes d’opinion, contre l’intellectuel renommé Charles Taylor. Campagne ridicule, visant à le discréditer sur la base d’un prix qu’il a remporté récemment, et qui prouve encore une fois à quel point le populiste Martineau descend à des niveaux toujours plus bas. Quand je vois un intellectuel du calibre de Charles Taylor être traîné dans la boue de cette façon par un faiseux d’opinions, ça illustre pour moi comment cette dérive a atteint un niveau inacceptable. L’intégrité et l’honnêteté intellectuelle d’un Charles Taylor sont à des années-lumière de celles d’un Richard Martineau. Question d’aller plus loin, j’ai plusieurs hypothèses sur ce que je considère problématique avec les faiseux d’opinions. Analysons-en quatre.

Le poste.

Posons la question : est-ce que le poste de faiseux d’opinions est le problème en soi? Si l’on se remémore les débats aux journaux télévisés de TQS où des personnalités débattaient de sujets parfois complexes, e.g. Isabelle Maréchal contre Guy Fournier au sujet de la politique québécoise (!!!), la réponse serait oui. D’ailleurs, cet exemple de TQS est sans doute le plus éloquent pour montrer comment une chaîne de télévision a su mélanger les genres et donner la parole à des faiseux d’opinions sur des enjeux complexes. On y voyait aussi souvent le pathétique Doc. Mailloux aborder des sujets complètement en-dehors de son champ de compétences (et j’ose à peine parler de compétence dans son cas). Dans le même sens, l’existence de l’émission La fosse aux lionnes à Radio-Canada serait un autre argument pour dire que les faiseux d’opinions sont en soi la cause du problème. Cependant, de très bons généralistes peuvent amener des points de vues intéressants. Nous le verrons au point suivant.

La qualité

Cela mérite débat, car il peut y avoir des chroniqueurs généralistes de très bonne qualité, qui n’entreraient pas en tout point dans la catégorie de faiseux d’opinions. En haut de ma liste viendrait Jean Dion du journal Le Devoir. Une plume de très haute qualité, des propos réfléchis, un ton humoristique pour parfois faire passer quelques messages. Dans le même sens, Pierre Foglia mérite certains honneurs. Dans les deux cas, ce sont des personnalités qui chroniquent et analysent la société sous plusieurs angles, sans réelle spécialisation (ou sinon ce serait le sport…?), mais qui savent réfléchir ou sinon, qui savent faire parler ceux qui réfléchissent. La différence entre ces deux hommes et les autres : ils sont beaucoup subtils, abordent très peu les sujets qu’ils savent moins bien maîtriser et distinguent mieux l’information de l’opinion. Ce sont de vrais chroniqueurs « société » ou « d’humeur » comme le disent certains. À ajouter à cette liste : Jean-Simon Gagné dans Le Soleil, qui a malheureusement quitté pour un temps indéterminé. Exemples à suivre.

La quantité

Il y en a définitivement plus, partout dans les divers médias et sans avoir de chiffres sur le phénomène, je demeure convaincu que le phénomène est en expansion. En plus du nombre de faiseux d’opinions, il y a aussi la quantité d’articles ou de commentaires qu’ils font. Prenons par exemple un Richard Martineau : déjà qu’il n’avait plus rien à dire d’intéressant depuis longtemps, il a été engagé par Quebecor pour déblatérer trois fois par semaine, parfois même quatre, dans les pages des deux plus gros tabloïds québécois. Trois fois? Est-ce possible d’avoir quelque de pertinent à dire si souvent? Avez-vous remarqué que dans ces articles, il abuse des espaces vides, des lettres majuscules, des onomatopées (les hein! Ah! Noooon! Ça a pas de bon sens!), des anglicismes ou mots en anglais supposés être des réponses à des questions. À mon sens, c’est une preuve de son manque flagrant d’idées et d’imagination. Pour ce carnet, chaque membre a de la misère à écrire un texte par semaine, car on trouve difficile de dire quelque chose d’original et de pertinent. Évidemment, on n’est pas payé pour le faire et si on l’était, ce serait sans doute plus facile. Deviendrait-on pour autant des petits Martineau en herbe? Bien sûr que non.

Leur influence

Est-ce leur influence le problème? Ce qui voudrait dire : le temps qui leur est accordé, l’espace dont ils disposent? Je crois que oui en bonne partie. Deux exemples : un faiseux d’opinions qui oeuvre comme pseudo journaliste, surtout dans les talk radio, a un temps d’antenne incroyable. Pour les résidents de Québec qui connaissent CHOI et CJMF, il est évident que ces deux radios n’offrent pas une information objective : les animateurs orientent les discussions, tout comme les journalistes qui sont presque des co-animateurs, et ils analysent tous les sujets. L’information n’est ni brute ni factuelle. Celui qui ose se surnommer « journaliste » dans ces talk radio sert principalement à faire avancer les idées de l’animateur. La prétendue intention d’objectivité journalistique disparaît. Ce sont des communicateurs, qui tentent d’influencer leurs auditeurs. Et sans surprises, ils sont à peu près tous de droite.

Autre exemple : Denise Bombardier à TVA. Elle intervient en plein bulletin de nouvelles de soirées, au moment où les cotes d’écoutes sont encore très fortes. Et elle commente… tous les sujets! Rien n’échappe à sa morale passéiste et revancharde. Que Denise Bombardier intervienne de temps en temps sur des sujets précis où elle possède une expertise, ça pourrait aller, mais là, on a l’impression que c’est le retour de l’homélie quotidienne du curé du village qui réprimande la trop grande ouverture de notre société et l’absence de moralité. Consternant.

Je conclurais ainsi : il y en a trop, ils sont en général de basse qualité, leur influence est néfaste et démesurée bien que l’absence de certains chroniqueurs généralistes serait une perte. Je dirais surtout : refaisons confiance aux spécialistes, réhabilitons les intellectuels et laissons le populisme à la porte.

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P.S. : Ai-je besoin de spécifier que le sieur Martineau, qui a une opinion sur tout, n’en a pas sur le conflit de travail entre Quebecor et les employés du Journal de Québec. Contrairement à Lise Payette qui a appuyé les employés en lock-out en retirant ses textes, sa chronique à lui n’a pas bougé d’un iota.

P.P.S. : Vous aurez remarqué que je n’ai pas inclus Patrick Lagacé dans mes exemples. À plusieurs égards, il pourrait entrer dans cette définition et il m’a personnellement fait rager à plus d’une reprise. Cependant, comme il vient visiter de temps en temps notre carnet, je me dois de garder une petite gêne! Non sérieusement, je considère qu’il est légèrement plus respectable que d’autres noms évoqués dans ce texte.

P.P.P.S. : Je n’ai pas abordé dans ce texte la question des animateurs faiseux d’opinions. Plusieurs noms me viennent pourtant en tête : Sylvain Bouchard (CJMF), Stéphane Dupont (CHOI), Jeff Filion et Gilles Proulx à l’époque, même Jean-Luc Mongrain à TQS. Il s’agit malheureusement là d’un autre problème…

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14 septembre 2007

Parlons sport!


Ne reculant devant rien pour augmenter le lectorat de La Poutine Géante, j’ai décidé de vous « jaser sport » aujourd’hui. Sport? Comme dans « Quelles sont les chances des Canadiens de Montréal de faire les séries? » Eh bien… non. Que les fidèles lecteurs se rassurent, votre Poutine Géante reste assaisonnée d’une sauce bien politique : ici, on parle de choses sérieuses… sans se prendre au sérieux! Il s’agit donc de voir ce que le sport peut nous apprendre sur le politique. Par ailleurs, la politique partisane n’est-elle pas régulièrement décrite en termes sportifs, voire guerriers? Ainsi, les « luttes à trois » animent « l’arène politique » et Télé-Québec présente une émission de débats politiques intitulée « Il va y avoir du sport ».

Mais là n’est pas mon point : je ne souhaite pas vous entretenir de la politique en tant que sport, mais plutôt du sport en tant que fait politique. Nuance. Au demeurant, mon intention est modeste : j’ai eu hier soir en visionnant le Téléjournal une pensée politique durant le bulletin des sports et j’ai simplement envie de la partager. Il ne faut donc pas attendre de cet envoi une « théorie générale » du sport comme fait politique. Cette pensée, c’est que le sport peut parfois être riche d’enseignements politiques (l’épithète est ici entendu au sens large « du » politique et non au sens commun et étroit de « la » politique [partisane]).

Ainsi en est-il, par exemple, de la vente des Nordiques de Québec et de leur déménagement au Colorado. Cette vente, mais surtout ce déménagement, montre à quel point la sphère économique a réussi dans les dernières décennies à englober les autres sphères d’activité humaine (sociale, culturelle, etc.), c’est-à-dire à se poser comme supérieure aux autres sphères et même à leur imposer sa logique marchande dans leur fonctionnement « interne ». C’est ce que j’ai nommé « l’économisation du monde », une locution qui peut se comprendre de deux manières. D’une part, elle renvoie au caractère impérial de la sphère économique, « l’économisation » étant alors entendue comme le fait de « rendre économique » un objet qui ne l’était pas traditionnellement. Certains bulletins météorologiques ont ainsi été partiellement « économisés » par la présentation de prévisions relatives à des « destinations affaires ». Parce que ces « destinations » (1) sont plus importantes que d’autres d’un point de vue strictement économique, on leur accorde un statut privilégié dans le bulletin, comme si cela allait de soi qu’il faille informer en priorité les gens d’affaires plutôt que, disons, ceux désireux de savoir le temps qu’il fera lors de leur passage dans une « destination culturelle » (2). D’autre part, « l’économisation du monde » peut être conceptualisée au sens commun d’« économiser », c’est-à-dire celui de « rationner », de « faire l’économie de ». Faire l’économie des logiques non marchandes, bien entendu.

Évidemment, le sport, a fortiori le sport « professionnel », subi la même intrusion des « impératifs » (sic!) économiques que les bulletins météorologiques. Alors que le hockey est le sport national des Québécois, qu’il fait partie intégrante de notre identité et de notre culture, les Nordiques de Québec sont devenus l’Avalanche du Colorado, État sis dans un pays qui n’a que faire du hockey, mais dont la population de sa capitale est assez nombreuse, riche et consommatrice pour néanmoins offrir de meilleures perspectives économiques au hockey qu’un « petit marché » comme Québec. Et pourtant, le Colisée a toujours été rempli d’amateurs passionnés, malgré une équipe longtemps restée dans les bas-fonds du classement général! Mais voilà, la logique économique étant la logique dominante dans l’industrie sportive, voire la seule, on nage en pleine absurdité : alors que la Ligue nationale de hockey (LNH) est en expansion dans des régions états-uniennes où l’on ne connaît pas la neige, le petit pays nordique qui fournit la majorité des joueurs de la plus importante ligue de hockey au monde a toutes les difficultés à garder des équipes compétitives sur son territoire.

Tout ce chemin pour en arriver aux deux nouvelles sportives particulières qui m’ont amené hier soir à réfléchir sur les liens entre le sport et le politique. Premièrement, le Conseil mondial de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), organisme notamment en charge des courses de Formule 1, a décidé de mettre à l’amende – pour 100 millions de dollars US (!) – une des écuries (Vodafone McLaren Mercedes) de son circuit phare pour cause de tricherie par espionnage industriel. Deuxièmement, la Ligue nationale de football des États-Unis (NFL) réclame 750 000 $ US à l’entraineur des Patriots de la Nouvelle-Angleterre et à son équipe pour tricherie, cette fois via l’enregistrement des signaux offensifs et défensifs d’une équipe adverse. À 100 millions de dollars US, l’amende infligée à Vodafone McLaren Mercedes est la plus lourde de l’histoire du monde sportif et, bien que beaucoup plus faible, celle de 750 000 $ US attribuée aux Patriots et à son entraineur est plus que sévère, surtout que ce dernier devra payer à lui seul 500 000 $ US. Bref, on ne rigole pas avec la tricherie dans le monde du sport professionnel : il en va de la crédibilité de l’entreprise et donc de l’intérêt des amateurs-consommateurs (3).

Et alors, où est le lien avec le politique? Il concerne l’ordonnancement de nos valeurs. Comment se fait-il qu’une transnationale comme Mercedes se voit mettre à l’amende pour une somme énorme de 100 millions de dollars US parce qu’elle a triché dans un jeu, alors que, par exemple, si elle avait commis un crime environnemental, donc quelque chose de grave situé dans le « monde réel », elle s’en serait vraisemblablement tirée avec une amende de quelques centaines, quelques milliers, voire quelques centaines de milliers de dollars? Jugerions-nous collectivement le bon déroulement d’un championnat automobile, une activité polluante et participant à l’ancrage du néfaste culte de la voiture, plus important que le respect de notre environnement? Et l’environnement n’est qu’un exemple : je pourrais étendre le raisonnement notamment à la faiblesse des mesures répressives face aux infractions contre les normes du travail. Bien sûr, il faut prendre en compte la grande capacité de payer de Mercedes; le fait que le sport est une industrie et que la tricherie implique donc des pertes financières pour ceux qui en sont victimes; le fait que le Conseil mondial de la FIA est un organisme privé et que ses sanctions ne représentent pas nécessairement l’agencement des valeurs dans la société; ou encore qu’il arrive que des entreprises écopent d’amendes substantielles lorsqu’elle attentent au bien commun (e.g. le cas de l’industrie du tabac ou celui de certains déversements pétroliers). N’empêche, il me semble que les deux nouvelles sportives citées ici envoient un drôle de message : tricher dans un sport est plus grave que, disons, contaminer une nappe phréatique. En ce sens, voici une liste de quelques récentes condamnations pour crimes environnementaux en Ontario :

8 août 2006 - Casco Inc. a reçu une amende de 10 000 $ assortie d'une suramende compensatoire après avoir plaidé coupable de décharge d'un contaminant.

11 juillet 2006 - 310 Waste Limited, 2020 700 Ontario Inc. et un directeur se sont vu imposer une amende totale de 710 000 $ pour avoir excédé de plusieurs milliers de tonnes la limite de stockage de déchets de leurs installations, en contravention de la Loi sur la protection de l’environnement.

8 juin 2006 - Saxxam Analytics Inc. s’est vu infliger une amende de 54 000 $ pour avoir omis de signaler des résultats négatifs sur la qualité de l’eau potable.

Source : ministère de l’Environnement de l’Ontario

« Om[ettre] de signaler des résultats négatifs sur la qualité de l’eau potable » : c’est quand même quelque chose, non ? Et ça ne vaut que 54 000 $. Bien sûr, il faudrait aller voir les détails du jugement pour mieux évaluer cette condamnation. Mais rappelons que c’est justement parce que des résultats de tests relatifs à la qualité de l’eau potable ont été cachés par des employés (municipaux dans ce cas) que sept personnes sont mortes à Walkerton en Ontario à l’été 2000.

___________________________

(1) Et non ces « villes », une dénomination appelant l’idée d’un certain ancrage géographique de même que celle de la nécessaire expression pluraliste des sphères d’activité humaine. Une ville est un cadre de vie complet avec une certaine profondeur spatio-temporelle, alors qu’une « destination affaire » n’est qu’un point de chute dans un réseau marchand et donc réduit à sa seule dimension commerçante.

(2)
Je précise ici qu’au côté des « destinations affaires », les « destinations soleil » ont aussi parfois droit à un traitement séparé. Cela dit, il s’agit d’un phénomène isolé, alors que l’intrusion de l’économie dans les prévisions météorologiques est utilisée ici comme illustration d’un phénomène beaucoup plus large, à savoir l’économisation du monde. On conviendra qu’il y a peu à craindre d’un éventuel « impérialisme touristique » compris comme la monopolisation du discours publique par l’industrie touristique.

(3)
Pour les naïfs qui seraient tentés de croire qu’il s’agit d’une question d’éthique et d’esprit sportif, j’ajoute que les pilotes de Vodafone McLaren Mercedes pourront poursuivre librement leur route vers le championnat, même s’il a été démontré que leur victoire éventuelle relèvera au moins en partie d’une tricherie! Mais voilà, disqualifier les tricheurs signifie mécontenter les fans et donc occasionner de grosses pertes financières à l’industrie de la course automobile…

11 septembre 2007

Florilège

Le carnet de La Poutine Géante ne fait pas seulement parler d'elle dans les grands médias. Elle est aussi de plus en plus reconnue dans la blogosphère. Le 31 août dernier lors de la journée du blogue («blogday»), notre carnet a été recommandé par plusieurs blogueurs. Voici un florilège de bons mots à notre sujet.

«Think tank informel de gauche, La Poutine Géante est bien la seule poutine à consommer sans modération. Si le nom est loufoque, le propos, lui, est tout ce qu'il y a de plus sérieux, réfléchi et articulé.» (La vie en pan & scan)

«La Poutine Géante: Un nom tiré de la traditionnelle poutine du Pub de l'Université Laval. Blogue plus connu. Je le souligne car il en vaut le détour. Avis aux démagogues: Des propos très réfléchis. Ça vole haut sur ce blogue.» (Tetoine's Palace)

«La Poutine Géante : On l'a découvert lors des dernières élections. Sais pas trop pourquoi on ne l'a jamais ajouté à notre blogroll. À découvrir.» (Le Périscope)

On retrouve aussi dans la blogosphère de bons mots pour nos billet :
«Plus théorique, le blog La Poutine Géante y va d'un magistral post qui met littéralement en pièces l'initiative de l'Institut qui-veut-notre-bien-à tous, l'Institut Fraser.» (Lattachepol)

Notre carnet est d'ailleurs l'un des blogues favoris du rédacteur en chef du magazine Jobboom et il est répertorié dans de nombreuses blogolistes.

Merci de nous lire.

08 septembre 2007

La Poutine Géante dans La Presse

Olivier saurait-il commenter les départs politiques de manière judicieuse? Après avoir vu son opinion rapportée par Patrick Lagacé dans La Presse à la suite de la démission d'André Boisclair en tant que chef du PQ, voilà que M. Lagacé le cite de nouveau, cette fois en référence à son envoi sur la mort d'Andrée P. Boucher, ex-mairesse de Québec. Encore une fois, vous l'aurez lu sur La Poutine Géante avant tout le monde!

C'est dans le coin, en bas à droite, de l'image ci-dessous (cliquez dessus pour l'agrandir)...